De gueules, à la croix alésée d’argent

Alors qu’en fait, si j’avais titré tout ça « le drapeau suisse », ça aurait été plus simple et ça m’aurait rapporté plus de vues sur Google. Tant pis, on va donc rester quatre ici.

On le connaît tous, ce drapeau rouge à la croix blanche. Parfois, un peu ivres, on le confond avec celui de la croix rouge. Parfois, vraiment ivres, on le prend pour celui du Japon, d’autant qu’ils ont du avoir le même graphiste. Je me suis dit que ce serait intéressant de vous raconter d’où il vient, parce que j’en ai encore appris des bonnes au fil de mes lectures.

On va donc commencer par décrypter les termes héraldiques, parce qu’après on pourra se coucher avec la satisfaction d’avoir fait un truc que 0.0000000000001% de la population mondiale seulement aura fait.

  • « Le gueules » c’est la couleur/émail héraldique pour le rouge. Premier truc chelou, le mot est considéré comme masculin, et pourtant il se termine par un « s »
  • « La croix alésée » quant-à-elle requiert qu’on s’accroche un peu à son slip quand on en lit la définition sur Wikipédia : « Se dit d’une figure définie par défaut comme mouvant des bords, mais qui, raccourcie, ne les touche pas. Ceci concerne surtout les pièces, qui de ce fait se comportent comme un meuble. Pour ce qui est des meubles pouvant être concernés, citons principalement le pont et la foi.« 
    Ma réaction à cette citation pourtant relue 14 fois ici.
    Comme la PLS ne me va pas au teint, j’ai trouvé une autre explication : « qui ne touche pas les bords de l’écu »
    Ma réaction ici.
  • « L’argent » enfin. On est en Suisse, il faut donc qu’on rappelle aussi sur le drapeau QU’ON A DU POGNON sous couvert du « oui euh argent en héraldique c’est la couleur blanche blablabla ».

Et zou, partie graphique de la chose rondement menée (imaginez l’autosatisfaction démente que j’aurais pu ressentir avec cet adverbe si on parlait du drapeau japonais !)

Bon et alors quid de l’histoire de ce drapeau, me direz-vous ?

D’après Wiki et comme pour tout un tas de choses, il y aurait deux écoles : d’un côté ceux qui pensent qu’il était déjà vénéré au IVème siècle par les royaumes burgondes et qu’on le retrouve un peu plus tard sur les emblèmes de la Légion Thébaine. Petite digression ici parce que c’est intéressant : l’existence de cette Légion est controversée, mais d’après certains écrits, il s’agirait de soldats chrétiens coptes à qui le co-empereur Maximien Hercule (demandez moi hein si vous cherchez des noms pour vos enfants) qui co-emperait aux côtés de Dioclétien aurait donné l’ordre de tuer les chrétiens d’Octodure (Martigny aujourd’hui et ça vaut mieux). Bon les coptes ont pas voulu tuer les chrétiens, ils ont pas voulu non plus sacrifier à l’Empereur, crise de mégalomanie, retirage de textes et vas-y que je te déboîte tout le monde à Agaune (aujourd’hui Saint-Maurice, du nom du commandant de cette fameuse légion). Et donc les gars auraient porté le drapeau rouge à croix blanche sur leurs vêtements.
Et puis y a la deuxième école qui, elle, dit que oui mais non, en fait l’origine du drapeau remonte à bien plus tard, au XIIème siècle, douce époque du Saint-Empire pendant laquelle on vénérait les instruments de la Passion. Le rouge symboliserait donc le sang du Christ, et la croix la croix (chips).

Si on n’est pas carré carré sur les origines, en revanche tout le monde a l’air d’accord pour dire que c’est en 1339 que le drapeau serait devenu le symbole de la cohésion des cantons confédérés dont il est question ici. Cette année-là, Louis IV de Bavière, empereur du Saint-Empire, aurait monté une coalition de plusieurs seigneurs de Romandie contre ceux de Berne. Pour se différencier de l’ennemi lors de la bataille de Laupen, les bernois (et Bernay) auraient cousu la croix blanche sur leurs vêtements rouges et bim drapeau.

Ensuite, petit copier-coller de Wikipédia pour me dégourdir le neurone : « Ce n’est qu’au XVIème siècle qu’il fut adopté comme emblème confédéral et au XIIème qu’il fut étendu à tous les drapeaux militaires. »

Là où j’en ai appris une bonne, c’est que pendant une toute petite période, le drapeau suisse a ressemblé à ça :

MERCI LA FRANCE.
Parce que oui, en 1798, la France qui n’avait que ça a faire a envahi la Suisse, instauré une République Helvétique et l’a dotée, y a pas de raison, d’un nouveau drapeau sur lequel était écrit « République Helvétique ».
Le vert symbolisait la couleur des révolutionnaires (notamment les vaudois).
Le rouge, la couleur des cantons de Schwytz et Unterwald.
Le jaune, la couleur du canton d’Uri

Ça n’a pas duré longtemps cette affaire (et tant mieux parce que le regarder me donne des palpitations cardiaques), puisqu’en 1803, Napoléon dit que ça suffit maintenant, donne une nouvelle constitution à la Confédération et fait revenir le drapeau rouge à croix blanche.

La forme qu’il a aujourd’hui a été édictée en 1889 : une croix sur fond rouge dont les bras sont 1/6 plus longs que larges. Rien dans la loi ne stipule que le drapeau doit être de forme carrée. Pourtant, par tradition, le drapeau suisse est le seul au monde (avec celui du Vatican) a être carré.

Sources: ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici
Sources images: ici, ici

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